Un salarié expatrié bénéficie souvent d'un « package » négocié par son employeur : couverture santé internationale, prévoyance, assistance. Le freelance, le consultant indépendant ou le nomade numérique n'a rien de tout cela. Il doit à la fois déterminer à quel régime de sécurité sociale il appartient, choisir sa couverture santé et protéger lui-même ses revenus. C'est d'autant plus important qu'un indépendant qui ne peut plus travailler ne facture plus.
À quel régime de sécurité sociale appartenez-vous ?
La règle générale, au sein de l'Union européenne, de l'Espace économique européen et de la Suisse, est l'affiliation dans le pays où l'activité est exercée. Un indépendant qui s'installe durablement en Espagne ou au Portugal relève donc du régime de ce pays, quelle que soit la nationalité de ses clients.
Une exception existe pour le travailleur indépendant établi en France qui part exercer temporairement une activité similaire dans un autre pays européen : il peut rester affilié au régime français pendant 24 mois au plus, sous couvert du formulaire A1, si les conditions du détachement sont réunies. Un indépendant qui travaille régulièrement dans plusieurs pays européens demande lui-même ce formulaire auprès de l'organisme compétent.
Hors d'Europe, tout dépend de l'existence d'une convention bilatérale de sécurité sociale et de son contenu. En l'absence de convention, le freelance relève du régime local s'il en existe un accessible aux indépendants, et peut adhérer volontairement à la Caisse des Français de l'étranger.
Le cas du freelance qui travaille depuis l'étranger pour des clients français
C'est la situation la plus fréquente et la plus mal comprise. Le fait de facturer des clients français ne maintient pas automatiquement l'affiliation au régime français : ce qui compte, c'est le lieu où vous exercez réellement votre activité et où vous résidez. Conserver une domiciliation en France tout en vivant à l'étranger expose à une remise en cause de votre affiliation et de votre résidence fiscale.
Avant de partir, posez la question à votre caisse ou à l'Urssaf, et consultez les fiches du CLEISS pour votre pays de destination. La réponse conditionne votre couverture santé, mais aussi vos cotisations retraite.
Quelle couverture santé pour un indépendant expatrié ?
Les mêmes architectures existent que pour un salarié, avec quelques nuances :
- Le régime local, lorsque vous y êtes affilié : son niveau de remboursement et ses délais d'accès varient énormément d'un pays à l'autre. Une complémentaire locale ou internationale peut être nécessaire.
- La CFE, en adhésion volontaire : accessible sans questionnaire de santé et sans limite d'âge, elle couvre la maladie, la maternité et l'invalidité, et permet de cotiser pour la retraite. L'adhésion avant le départ ou dans les trois mois qui suivent l'installation évite tout délai de carence.
- Un contrat santé international au premier euro : le plus simple pour un nomade qui change souvent de pays, à condition que la zone de couverture corresponde à ses déplacements réels.
- Un contrat en complément de la CFE, qui sécurise la base tout en réduisant le reste à charge.
Pour un nomade numérique, deux points demandent une attention particulière : la notion de pays de résidence retenue par le contrat (certains exigent une résidence principale identifiée) et la couverture des séjours dans les pays où les soins sont les plus chers.
Arrêt de travail et invalidité : le vrai risque du freelance
Les frais de santé se couvrent assez facilement. La perte de revenus, beaucoup moins. Un indépendant installé à l'étranger dépend des prestations du régime local, souvent faibles pour les travailleurs indépendants, ou n'a droit à rien. Une prévoyance internationale peut prévoir :
- des indemnités journalières après une franchise, pendant une durée maximale définie ;
- une rente d'invalidité, dont le mode de calcul (barème professionnel ou fonctionnel) est décisif pour un métier intellectuel comme manuel ;
- un capital décès ou des rentes pour les proches ;
- la couverture des frais professionnels qui continuent de courir.
Côté fiscalité, la déduction des cotisations au titre de la loi Madelin suppose d'être imposé en France sur ses bénéfices professionnels et d'y relever du régime des indépendants. Un freelance qui a quitté le système français ne peut en principe plus en bénéficier : un contrat Madelin souscrit en France doit donc être réexaminé au moment du départ.
Exemple illustratif
Une consultante installée hors d'Europe
Hypothèses : consultante indépendante installée dans un pays sans convention de sécurité sociale avec la France, clients en Europe, aucun régime local accessible à son statut.
Architecture possible : adhésion à la CFE avant le départ pour sécuriser la base santé sans questionnaire et continuer à cotiser pour la retraite, contrat santé en complément CFE pour réduire le reste à charge, assistance rapatriement, et prévoyance internationale avec indemnités journalières dimensionnées sur ses charges fixes. Chaque brique répond à un risque distinct.
Chiffres illustratifs, sur des hypothèses simplifiées : ils ne préjugent ni d'un rendement ni de votre situation.
Rapatriement, responsabilité civile, retraite : les compléments
Le freelance expatrié ajoute à sa liste l'assistance rapatriement, rarement incluse d'office, et la responsabilité civile professionnelle : une RC souscrite en France peut exclure les activités exercées depuis l'étranger ou les réclamations de clients étrangers. Enfin, la retraite : les périodes passées à l'étranger sans cotisation française créent des trous de carrière, que l'adhésion volontaire à l'assurance vieillesse de la CFE ou l'épargne retraite individuelle permettent de compenser en partie.
Avant de partir : la check-list du freelance
- Faire confirmer son régime de sécurité sociale par écrit (caisse, Urssaf, organisme du pays d'accueil), et demander le formulaire A1 en cas de mission temporaire en Europe.
- Décider de l'adhésion à la CFE avant le départ ou dans les trois mois suivant l'installation, pour éviter tout délai de carence.
- Choisir la couverture santé : premier euro ou complément CFE, avec une zone qui correspond à vos déplacements réels.
- Dimensionner la prévoyance sur vos charges fixes, personnelles et professionnelles, et non sur votre chiffre d'affaires.
- Relire les contrats français existants : Madelin, responsabilité civile professionnelle, assurance emprunteur d'un bien resté en France.
- Vérifier les exigences du pays d'accueil : certains pays conditionnent la délivrance d'un visa ou d'un titre de séjour à une couverture santé.
Cette check-list se traite idéalement quelques semaines avant le départ, tant que vous résidez encore en France : certaines décisions y sont plus simples à prendre, et un questionnaire de santé rempli avant un éventuel problème médical ouvre davantage de portes.
À retenir
- En Europe, un indépendant est en principe affilié dans le pays où il exerce, pas dans celui de ses clients.
- Le formulaire A1 permet de rester au régime français 24 mois au plus en cas d'activité temporaire dans un autre pays européen.
- La CFE reste accessible sans questionnaire de santé ; adhérer tôt évite le délai de carence.
- La prévoyance (arrêt de travail, invalidité) est le risque le plus mal couvert chez les freelances expatriés.
- La déduction Madelin suppose d'être imposé en France : un contrat existant se réexamine au départ.
Où aller ensuite sur le site ?
- Assurance expatrié : le guide complet
- CFE ou assurance internationale : comment choisir
- Assurance vie et expatriation : garder, ouvrir ou racheter
- Assurance expatrié et internationale : nos solutions
- Simulateur assurance expatrié et internationale
- Prévoyance TNS : indemnités journalières et loi Madelin
- Faire le point avec un conseiller, en visioconférence
KN Patrimoine & Assurances est courtier en assurance (COA, ORIAS 25009835). Le cabinet n'est pas conseiller en investissements financiers et ne délivre pas de conseil fiscal ou juridique : les règles rappelées ici sont générales et doivent être vérifiées au regard de votre situation.
